Episode 23 : interview 2020

Durant toutes ces années, j’ai rencontré Dominique à de nombreuses reprises et j’ai eu l’occasion de l’interviewer 3 fois. Lorsque j’ai commencé à mettre en ligne ce blog de fan, l’envie est venue de boucler la boucle et d’interroger Dominique sur son rapport à la célébrité. Il s’est gentiment prêté au jeu.

Mes Meilleurs Ané : bonjour Dominique, plusieurs projets en cours concernent des témoignages de tes fans. Tu es habitué à recevoir des réactions instantanées ou à chaud mais à quoi t’attends-tu à la lecture de ces témoignages de longue haleine ? 

Dominique A : des coups de latte et des baisers ! Suivre un artiste sur les années, c’est adhérer, puis rejeter, puis y revenir (ou pas)… Un mouvement de balancier que je connais bien moi- même puisque c’est ce que je ressens vis-à-vis de mes « idoles ». En ça, c’est instructif pour moi, de savoir ce qu’il en a été par rapport à mon parcours. Et plus généralement, et plus simplement, c’est assez touchant de voir comment on est immergé, par chansons interposées, dans l’existence de quelqu’un.

Mes Meilleurs Ané : on raconte souvent qu’à tes débuts c’était tendu sur scène avec le public. Puis c’est devenu plus chambreur par la suite. Comment tu vis ces échanges quand tu es sur scène et comment as-tu évolué par rapport à ça ?

Dominique A : c’était tendu lorsque je l’étais moi-même, et ça peut encore se produire (la dernière fois, en 2018, au Confort Moderne à Poitiers, où j’ai perdu mon sang-froid face à une spectatrice un peu pénible). Après, il n’y a pas de règle. J’essaie à chaque fois de rendre justice aux morceaux eux-mêmes, je suis concentré sur l’exécution, et en recherche de moments où les choses me dépassent, dans le bon sens du terme. Ça n’a pas tant changé je crois, si ce n’est que je suis plus détendu face aux gens, je pense, moins sur mes gardes.

Mes Meilleurs Ané : si on met de côté les réseaux sociaux, pendant longtemps tu n’as pas eu de site internet officiel et c’est finalement un forum de fans (CCV) qui est devenu le support officiel. Comment ça s’est fait ? Est-ce que tu suivais ce qu’on racontait sur toi sur le forum ?

Dominique A : oui, ça m’arrivait bien sûr, mais en cours de tournée, ce n’est pas forcément une bonne chose. Les avis de « fans » ne reflètent pas forcément le point de vue du public dans son ensemble, il y a chez eux un investissement, et un grossissement de la loupe qui peuvent être trompeurs. Après, quand certains commentaires négatifs sont récurrents, c’est qu’il y a incontestablement un fond de vérité, et des choses à revoir. En ce qui concerne la façon dont ça s’est fait avec CCV, Yvan et Sam avaient déjà ouvert le site avant de m’en parler de visu, et quand on s’est vus, on s’est bien entendu et je leur ai proposé tous ces multiples billets, qu’ils mettaient en ligne, et qui m’ont permis de me faire la main sur le plan de l’écriture, sans que ce soit le but premier, qui était d’établir un lien avec les gens qui me suivaient et partager mes engouements.

Mes Meilleurs Ané : beaucoup de gens connaissent l’anecdote sur ton premier passage aux victoires de la musique. Bernard Lenoir évoque dans un documentaire qui t’est consacré, ce refus de la célébrité. Aujourd’hui tu occupes une place importante dans la chanson française mais est-ce que tu n’as jamais eu envie que ça cartonne encore plus pour toi ?

Dominique A : ah ben si, j’aimerais bien que ça cartonne vraiment ! Mais comment se plaindre ? Je suis toujours là,  j’en vis bien, et plein de gens accordent encore de l’attention à ce que je fais. On n’est pas si nombreux à pouvoir en dire autant au bout d’une trentaine d’années.

Mes Meilleurs Ané : lorsque tu évoques tes influences, il y a en général deux voies distinctes : la chanson française classique (Barbara, Brel) et le rock indé / new wave. Qui est pour toi au final la figure la plus importante de la musique ?

Dominique A : je ne peux pas choisir mon camp musicalement, je suis exactement à la croisée des chemins. Mark Long, chanteur de The Opposition, avec qui j’ai eu l’honneur de donner un concert en décembre à Nantes, m’a dit que c’est ce qu’il aimait chez moi: un classicisme français dans la voix imbriqué à un son selon lui typiquement anglais.

Mes Meilleurs Ané : lorsque Talk Talk a sorti The Laughing Stock, tout le monde a parlé de suicide commercial. Comment analyses-tu la démarche de Mark Hollis une fois qu’il a atteint des sommets de célébrité ? As-tu eu toi-même ce type de tentation du repli à un moment donné ?

Dominique A : oui, je connais bien cette tentation, stérile s’il n’y a que de l’orgueil derrière, et j’ai donné dans ce travers. En ce qui concerne Mark Hollis, je crois qu’il ne pouvait pas faire autrement, et qu’il avait en ligne de mire artistique une vision musicale qui ne souffrait d’aucun accommodement avec l’industrie. Mais ça, on ne peut pas le décider. Se lever le matin et se dire que sciemment, on va casser le jouet, ça ne se peut pas, sauf si c’est encore une fois l’orgueil qui parle, et pas une nécessité artistique.

Mes Meilleurs Ané : pour conclure cet entretien, est-ce qu’à ce stade, tu peux me dire quelle direction prendra ton prochain album ?

Dominique A : c’est encore flou. Je sais juste que ce sera un travail de groupe, avec des arrangements d’orchestre. J’ai une dizaine de morceaux écrits, mais qui vont sans doute beaucoup évoluer avec le travail de groupe. Je vais sinon faire diffuser bientôt sur le net un ep très électro, enregistré en période de quarantaine, et qui ne préfigure en rien de ce que sera la suite: une façon d’exprimer musicalement et en temps réel ce que j’ai ressenti ces derniers mois, et de maintenir un lien avec les gens qui me suivent, comme avec la reprise de « L’éclaircie ».

2 réponses sur “Episode 23 : interview 2020”

  1. Fan de la 1ère heure et ne ratant aucun de ses concerts près de chez moi (Avignon) j’ai constaté de visu toute la distance que Dominique a parcouru concernant ce qu’il décrit comme sa tension …tension qui justement me fait décoller à chacun de ses concerts et qui me fait tant l apprécier sur scène. Sa tournée en solo comme point d’orgue et cette certitude qu’à ce moment là il est exactement mon double fantasmé !!! Je reconnais que ce n’est sans doute pas facile à porter et qu’il vaut mieux se tenir loin d’une telle charge émotionnelle !! A très vite de croiser à nouveau ce bel artiste et merci pour votre interview

    1. Bonjour et merci pour ce commentaire.
      Si l’envie vous prend de nous faire part de quelques souvenirs liés à Dominique, ce sera avec plaisir qu’ils seront publiés.

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